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2022. Dans une France où les violences entre extrémistes musulmans et identitaires se multiplient, les élections présidentielles portent au pouvoir, à l’issue d’un second tour mouvementé qui l’oppose à Marine Le Pen, Mohammed Ben Abbes, leader de la Fraternité musulmane. Dès son élection, celui-ci met en place une série de réformes visant à appliquer une version douce de la charia – avec, comme mesure emblématique, l’exclusion des femmes de la vie publique...                    

Paradoxe : la laïcité est la chose du monde la mieux partagée en France (« une valeur essentielle de la République française » pour 90 % des interrogés dans un sondage Ipsos de mars 2017 ; 74 % estimant que la laïcité est aujourd’hui menacée en France, et 77 % que l’on parle trop de religion dans le débat public) et l’une de celles qui divisent le plus aujourd’hui les candidats à la présidentielle, la classe politique et les Français. En outre, on observe à son propos un retournement idéologique dans lequel les historiens futurs trouveront sans doute un des tournants de l’histoire idéologique longue de la France.

Les 28 et 29 mars derniers se tenait à Paris un colloque intitulé « Pluralité religieuse et unité républicaine », à l’initiative du Cefrelco (Centre d'étude du fait religieux contemporain), et ce afin d’interroger une laïcité malmenée ces derniers temps, à l’intérieur comme à l’extérieur de la République. Car comme l’écrivait récemment le philosophe bruxellois Vincent de Coorebyter, la laïcité française a mauvaise réputation, voire est devenue aux yeux d’aucuns un repoussoir liberticide. De l’extérieur en effet, la France est souvent perçue comme une République athée, indifférente au religieux, prompte à le marginaliser, ou même le discriminer — prompte assurément à reléguer la religion dans la sphère privée. Cette idée reçue reflète bien entendu une méconnaissance du droit français comme de la société française, du poids que continue à y exercer un catholicisme fortement enraciné et du rôle qu’y jouent les grandes familles spirituelles, dans un pays moins sécularisé que plusieurs de ses voisins et surtout nettement plus diversifié que la plupart d’entre eux.

« La Collectivité territoriale de Guyane doit rémunérer son évêque et ses curés comme des fonctionnaires » titrait récemment la presse française, indiquant que cet héritage colonial, illustration parmi d’autres d’une « laïcité à deux vitesses » — suivant les termes de l’hebdomadaire Marianne —, venait d'être jugé conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel. En effet, après la décision très commentée relative au statut des cultes alsacien-mosellan (décision n° 2012-297 QPC du 21 février 2013, Association pour la promotion et l'expansion de la laïcité [Traitement des pasteurs des églises consistoriales dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle]), le Conseil constitutionnel s’est prononcé dans une décision du 2 juin 2017, à nouveau dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité, sur un autre régime local des cultes, celui en vigueur en Guyane.

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