Dimanche 21 avril 2019

En lançant officiellement, cette semaine, notre Observatoire des Religions et de la Laïcité, nous étions loin de penser que notre propre Université ferait rapidement la une de son actualité. Or, c'est le cas — bien malencontreusement, diront certains. Rappelons brièvement les faits. Ce mardi 7 février, une conférence-débat se tenait à l'Université libre de Bruxelles, réunissant le philosophe Guy Haarscher, l'historien Hervé Hasquin et l'essayiste française Caroline Fourest. Après quelques minutes, cette conférence fut interrompue du fait du chahut mis en scène par quelques dizaines de perturbateurs qui, à l'appel d'un membre du personnel de l'Université, avaient pris le parti d'empêcher qu'il puisse y avoir débat, arguant de ce que Caroline Fourest serait une journaliste "islamophobe". Face à leurs vociférations, la conférence fut arrêtée, pour ne plus reprendre. Le fait qu'il put y avoir ainsi, du fait de cette obstruction au débat démocratique, censure dans une Université qui de longue tradition défend avec force et vigueur la liberté d'expression, la pensée libre, la controverse contradictoire et le refus de tout dogmatisme suscita un tollé dans la communauté universitaire et fit le lendemain la une de la presse belge. 

Notre propos ici n'est pas de discuter les critiques adressées à Caroline Fourest — retenons simplement que la conférence en question portait sur le caractère fréquentable ou non de l'extrême-droite, et que Caroline Fourest avait précisément commencé son exposé en affirmant que l'extrême-droite dévoyait la laïcité républicaine pour nourrir son discours de haine de l'islam et des arabo-musulmans. Revenons donc plutôt sur l’attitude et le discours sous-jacent des perturbateurs. Partout dans la presse, les analystes évoquent qui des intégristes musulmans, qui des militants islamistes... Selon nous, il n'en est rien, même si des zélateurs de l'islam politique se sont peut-être trouvés parmi les censeurs de mardi soir. En réalité, il nous semble que l'islam est ici instrumentalisé par une frange de la gauche radicale qui produit une certaine forme d'"islamo-gauchisme". De ce point de vue, les musulmans européens seraient les nouveaux damnés de la terre, l'ultime avatar du prolétariat, les éternelles victimes du système social et de l’impérialisme qu’il produirait.

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Publié dans ANALYSES

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