Mardi 23 janvier 2018
Samedi 23 décembre 2017

ORELA prend des vacances...

La presse a rapporté une scène surréaliste — du moins à nos yeux d’Européens — qui s’est déroulée à la Maison Blanche ce mercredi 20 décembre : le secrétaire au Logement du cabinet de Donald Trump y a récité, en pleine réunion gouvernementale et à la demande du président américain, une prière de gratitude pour remercier Dieu de la victoire politique obtenue au Congrès sur la réforme fiscale voulue par l’administration Trump. 

En septembre dernier les Américains avaient déjà été appelés à une journée nationale de prière en solidarité avec les victimes de l’ouragan Harvey qui s'était abattu sur le Texas, et le président des États-Unis s'était entouré de leaders spirituels pour un moment de méditation dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. « Mon père, je te remercie d’avoir un président Donald Trump qui croit au pouvoir de la prière », s’était alors félicité le pasteur Jeffress, la main sur l’épaule du président américain. Même si le président Obama et ses prédécesseurs nous ont habitués à ce que leur recueillement spirituel soit mis en image et participe de la mise en scène de leur pouvoir, les nombreuses prières d’intercession, l’attitude de profonde méditation du président, l’imposition charismatique des mains des présents sur le corps du président Trump renvoient à un tout autre topos de la sacralisation du pouvoir, celui de l’appel à l’intercession divine pour stimuler l’efficacité de la décision politique.

Cette réaffirmation du sentiment religieux au cœur du pouvoir, cette irruption de la superstition dans le rituel politique constituent une signe supplémentaire des rapports nouveaux — ou de l’actualisation de rapports anciens — qui se tissent aujourd’hui entre le politique et le religieux, et surtout des usages de symboles et pratiques religieuses dans la construction d’un « récit » politique qui s’essouffle sur le plan idéologique. À la sortie sociologique du religieux qui caractérise notre monde occidental se superpose son retour politique et symbolique, dans une modernité en crise profonde, qui peine à trouver des resssources dans la rationalité politique.

En 1965, le sociologue américain Harvey Gallagher Cox, dans son livre The Secular City. Secularization and Urbanization in Theological Perspective, avait forgé sa théorie de la sécularisation, qui fera florès. Mais trente ans plus tard, comme le rappelait récemment le journaliste Henri Tincq, Cox remettait en cause son intuition initiale dans un ouvrage intitulé Fire from Heaven: The Rise of Pentecostal Spirituality and the Re-shaping of Religion in the 21st Century (1994), traduit en français sous le titre Le retour de Dieu. Dans notre monde occidental sécularisé — notre ultra-modernité comme la nomme Jean-Paul Willaime —,  ce « renouveau religieux » contribue à reconstruire les identités, concourt pour d’aucuns à compenser les frustrations sociales et se conjugue avec des sociétés plurielles, culturellement mondialisées, où se tracent de nouvelles frontières entre politique et religion.

Cette image du président Trump priant dans le lieu par excellence où le rituel politique se met en scène, le Bureau ovale, comme bien d’autres images qui forgent ce qu’est le religieux en cette fin d’année 2017, dans un contexte d’angoisses sociales, de logiques d'incertitude, d’inquiétudes environnementales et d’incertitudes grandissantes sur le plan géostragétique, nous convainct plus que jamais que le rôle et la mission de notre Observatoire demeurent essentiels : décrire, expliquer et analyser le phénomène religieux contemporain en le mettant en contexte, de manière critique et non partisane. Cette mission sera toujours la nôtre en 2018, dans la continuité et le renouvellement : dans l’intervalle, nous nous mettons en vacances jusqu’au 8 janvier 2018, en souhaitant à tous nos lecteurs de très belles fêtes de fin d’année…

L’équipe ORELA.

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